Des concours, des études de marché, un voyage épique en Tunisie… Le parcours haletant d’une créatrice de mode parisienne !

Tendance Entreprise interviewe Julie Guerlais, fondatrice de la marque Kirsten.

A 30 ans, Julie se démarque dans la jungle de la mode en créant la marque Kirsten. Retenez ce petit nom, il sera peut-être bientôt adossé sur vos accessoires Apple …

créatrice de modeRacontez-nous votre parcours personnel

Depuis tout jeune, je rêve de devenir créatrice de mode ! J’ai commencé avec un bac STI en arts appliqués puis je suis entrée en DMA Textile, BTS de stylisme et à l’école Duperré à Paris. J’ai toujours senti que la création était ma compétence forte, je n’ai donc pas hésité un seul instant sur mes choix scolaires.

C’est à la sortie de mon BTS que je suis entrée dans un bureau de style parisien spécialisé dans la maroquinerie. Cette expérience a été déterminante pour la suite car l’accessoire est devenu mon domaine de prédilection (plus que le prêt-à-porter que j’avais pu étudier auparavant). J’ai dessiné pour des marques, pour des défilés. Je me suis occupée personnellement d’une ligne vintage de pièces uniques de sacs à mains récupérés aux puces. Le challenge résidait dans la transformation des sacs en nouvelles pièces modernes, tout en gardant leur âme originelle. J’ai pu donner des noms à chacun des sacs de cette collection qui a reçu un franc succès auprès d’un public parisien pointu. Mon cadeau de départ a été le sac que j’avais initialement prénommé Kirsten.

Kirsten a donc été mon petit nom porte bonheur …

J’ai ensuite cherché d’autres expériences professionnelles mais bien sûr, l’envie de créer ma propre marque me taraudait.
Je suis une grande fan des produits de la marque Apple.  Ma passion pour le stylisme d’accessoires, la frustration de ne trouver aucune pochette de protection suffisamment  « mode « , m’ont conduit à lancer ma marque d’accessoires pour les produits Apple. On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Parlez-nous de l’univers de votre marque Kirsten:

créatrice de modeKirsten est une marque de petite maroquinerie, conçue pour répondre aux besoins quotidiens des consommateurs d’iPhone, d’iPad, et d’ordinateurs portables. La collection se compose de pochettes et de housses de protection en cuir. Chaque produit est pensé pour être un véritable écrin, protecteur de nos accessoires fétiches. Le design, la qualité des finitions et le choix des matières font de Kirsten une marque considérée comme du luxe accessible.

Quelles ont été les différentes étapes de création ?

J’ai commencé par griffer des slogans « Mon mac à moi », « Hit the road mac ». Apple m’a donné l’autorisation d’utiliser ces jeux de mots, mais ils refusaient de m’acheter des produits à terme (ils ne revendent que leurs propres collections).
J’ai réalisé une longue étude de marché : quels produits de la marque sont les plus vendus, à quelle cible, quelles couleurs seraient les plus appropriées, quelles tailles … Etape relativement désagréable pour un esprit créatif comme le mien, mais indispensable pour le fondement de toute société.

créatrice de modeJ’ai dessiné une première collection. Je me suis décidée sur l’utilisation exclusive du cuir. Puis j’ai réalisé quelques prototypes, que j’ai présentés à un concours ADC : Au-delà du cuir –http://www.audeladucuir.com/  ; organisé en partenariat avec le CTC (site internet dédié aux professionnels et aux techniques du cuir). La belle surprise puisque j’ai gagné le concours, ce qui m’a valu le soutien dans la recherche de fabricants, des séances de coaching personnalisé et la possibilité de participer gratuitement à des salons comme le Who’s Next et Première Classe.

Je me suis tournée vers les Boutiques de Gestion pour l’aide à la réalisation de mon business plan, des prévisions financières plus exactement. Mon étude de marché m’avait permis de définir le prix de vente final pour chaque produit, à ne pas dépasser pour le client. Je savais donc quel coût de revient maximum je devais pratiquer si je voulais respecter les marges du secteur.

S’en est suivi un voyage épique en Tunisie, à la recherche de fournisseurs et de sous-traitants.
J’ai tout simplement fait la tournée des usines, allant à la rencontre des directeurs pour prendre des informations, vérifier le rapport qualité-prix, les délais et tenter de négocier. J’ai récupéré plusieurs échantillons test et dû revoir à plusieurs reprises les finitions.

J’ai présenté pour la première fois ma collection à tous les acheteurs professionnels de la mode au salon 1ère Classe à Paris, avec une énorme boule au ventre. Rassurée dès le premier jour d’exposition puisque cette première session a été un gros succès. J’ai obtenu mes premières commandes en gros volume (1200 pièces à produire !). Je ne m’y attendais pas du tout. En effet, les jeunes créateurs doivent souvent participer 3 à 5 saisons de suite avant de se faire prendre au sérieux.

créatrice de mode

Je n’avais pas suffisamment de trésorerie pour faire face à de telles commandes.  Heureusement, j’étais épaulée par ADC depuis le début. J’ai pu cumuler des petites subventions, obtenir un prêt bancaire avec le soutien des organismes Oséo et PCE (prêt à la création d’entreprise). Là aussi, j’ai eu beaucoup de chance d’avoir une conseillère bancaire qui croyait dur comme fer en mon projet, car les banques prêtent rarement pour de la trésorerie, même avec un carnet de commandes plein.

Les Boutiques de Gestion ont fait le reste quant au choix de la structure juridique adéquate et je n’avais plus qu’à effectuer les formalités administratives à la Chambre du Commerce et la Chambre des Métiers. Tout s’est passé très vite, j’ai dû être hyper réactive durant cette période.

créatrice de mode

3 mois après le salon 1ère Classe, mes produits se vendaient en magasin dans plusieurs pays : Londres, Paris, Hong Kong, New York  …
Avec les bénéfices de cette première vente, j’ai enchaîné sur une seconde production destinée à mon propre e-shop et bien sûr, aujourd’hui, je continue à vendre auprès de mes boutiques distributrices.

Quel statut juridique avez-vous choisi et pourquoi ?

J’ai débuté en entreprise individuelle au régime des frais réels. L’auto entrepreneur était tout à fait inapproprié puisque je n’aurais pas pu récupérer la TVA alors q, e j’avais énormément de dépenses à réaliser.  Je faisais ma comptabilité toute seule, le soir en fin de journée. J’étais en permanence en lien avec le centre des impôts.
Après le salon 1ère Classe, je suis passée en SARL avec une associée, spécialiste du marketing. J’ai enfin pu m’entourer d’un expert-comptable et me délester de tous ces fastidieux devoirs.

Le stage de préparation à l’installation est obligatoire lorsque l’on s’immatricule à la Chambre des Métiers. Il coûte 250 euros et j’étais assez réticente à le suivre, mais quelle bonne surprise !  J’ai appris énormément, quant au choix de la structure juridique, des régimes sociaux. Ce volet de l’entrepreneuriat est très complexe. J’ai compris que personne ne veut se mouiller à donner des conseils sur cet aspect. Le plus efficace est encore de poser ses questions à la source et d’éviter les : « on m’a dit que ».

Comment avez-vous sauté le pas de la création ?

Ma période de recherche d’emploi a été déterminante car le marché du travail est très fermé dans le milieu du stylisme. Je cumulais des petits boulots de vendeuse … Cette période a duré 1 an … 1 an où je m’éloignais de plus en plus du réseau. Je me sentais aussi très frustrée de ne pas faire le travail qui me plaisait. J’ai donc décidé de prendre les choses en main et de m’imposer par moi-même dans le milieu du stylisme. Je ne regretterai jamais ce choix. Pourtant, en sortant des mes études, il me semblait hors de question que je monte ma boite ! À l’époque, cette démarche me paraissait trop colossale.

Quel conseil donneriez-vous aux futurs entrepreneurs ?

Il ne faut pas hésiter à « se mouiller ». J’ai osé présenter mes prototypes au concours ADC.  Je suis très heureuse d’avoir pris cette initiative !

Il faut également être réactif. Si d’un seul coup tout s’enchaîne, il faut foncer tête baissée, ne pas hésiter à frapper à toutes les portes et prendre des décisions au quart de tour. Vous n’avez plus le temps de tergiverser.

Enfin, j’aurais du prendre un expert-comptable beaucoup plus tôt. j’aurais gagné beaucoup de temps dans l’administratif et la comptabilité. C’est une dépense qu’il ne faut pas mettre de côté pour pouvoir se concentrer pleinement sur son cœur de métier et sur le terrain.

Quels sont vos projets ?créatrice de mode

Avant de faire des projets, je commence par faire mon premier bilan ! Je suis fière de voir mes produits se vendre dans de nombreuses boutiques prestigieuses, partout dans le monde, en particulier les magasin Printemps, Bergdorf Goodman, Lane Crawford, Fenwick… Tous sont gages de qualité et de haut de gamme.

espace blanc

Une autre approche de la mode : Rencontre avec Patrick : le home made version haute couture

Une maman entrepreneur au service de l’art pratique

Sur le thème de la mode et du design, rendez-vous dans le rubrique mode de Tendance Entreprise


3 commentaires

jean luc bœuf · 5 septembre 2014 à 8 h 20 min

|Il n ‘étais pas banal cet article , comme ce lundi d’ailleurs Clin d’oeil

Tendance home made à Strasbourg - Tendance Entreprise · 5 septembre 2014 à 18 h 09 min

[…] Sur le même thème, découvrez le parcours haletant de Julie, créatrice de mode à Paris […]

Tendance Entreprise rencontre une maman entrepreneur · 15 octobre 2014 à 9 h 41 min

[…] – Rencontre avec Julie : le parcours haletant d’une créatrice de mode parisienne […]

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